L'Union européenne confrontée au phénomène démocratique

L'Union européenne confrontée au phénomène démocratique

À l’heure où l’on parle de la fin des partis politiques[1], l’Union européenne (UE) a semblé être en panne tant le déficit démocratique de cette Union, déficit constaté par le juge constitutionnel allemand dès les années 1970[2], paraît élevé aux yeux des citoyens européens.

Aujourd’hui, si l’on se tient à l’actualité récente autour de l’UE, plus qu’un apprentissage à la sorcellerie du « Grexit », l’UE est brutalement confrontée au phénomène de la démocratie – ce qui a manqué tant dans son organisation que dans son fonctionnement depuis le début de sa création. Le phénomène démocratique déclenché en Grèce par Alexis Tsipras face à ses créanciers en juillet 2015 est un tournant qui a frappé fort ceux qui ne pensaient plus faire l’Europe unie avec la voix des citoyens et des peuples européens.

Désormais les dirigeants de l’UE qui croyaient – depuis les années 1950 – construire l’Europe unie seuls, sans la voix des peuples, commencent par comprendre que la démocratie européenne avance à grands pas. Ce référendum grec les a ébranlés, c’est sûr, mais on espère qu’il les réveillera dans leur sommeil dictatorial et dans leur oubli du peuple européen auquel les décisions, actes législatifs et autres actes de l’UE s’appliquent. Cela a été très frappant de voir le Premier ministre grec remercier de nombreux citoyens qui lui ont manifesté leur soutien dans de nombreuses grandes villes de l’UE pour son combat face aux adversaires de la démocratie sans équivoque.

La propagande médiatique – partout dans l’UE – a été au rendez-vous pour tromper les citoyens grecs et donc fausser les résultats démocratiques de ce référendum, mais cela n’a vraisemblablement pas fonctionné. La pression des « Grands » sur le Premier ministre grec non plus n’a pas fonctionné ! Les Grecs ont dit non à l’austérité à près 62% des voix alors que tous les grands médias et quotidiens européens (Le Monde en France) projetaient que le camp du oui et le camp du non étaient au mieux coude à coude, sinon le oui l’emporta légèrement. On peut avoir du mal à comprendre comment la presse a pu se tromper autant sur le résultat de ce référendum. De telles marges d’erreur sont extrêmement rares, voire sans précédent. Cela ressemble à une vraie propagande à la soviétique pour tromper les citoyens européens grecs.

Cette initiative grecque est une voie vers la fin du déni démocratique dans l’UE. C’est un phénomène nouveau. Ceci a permis au Premier ministre grec, Alexis Tsipras, de déclarer : « Nous avons gagné la souveraineté populaire, le message de la démocratie a été transmis en Europe et dans le monde entier, c’était le plus important.[3] »

Ceux qui ont contribué à mettre en place cette Europe boiteuse qui fait fi de la démocratie n’ont apparemment pas apprécié le discours démocratique de la Grèce. Ainsi, Valéry Giscard d’Estaing a déclaré : « Il faut mettre la Grèce en congé de l’euro.[4] » Sur le fond, cette position de l’ancien président de la République est passéiste, dangereuse et totalement déraisonnable. On n’ose pas dire qu’il est temps qu'il se taise celui-là !

Il semble que, à l’heure où l’UE traverse tant de crises, tant sur le plan interne qu’externe, les membres de l'UE doivent être solidaires entre eux et ne doivent pas jeter un membre de l'UE comme un cleenex à chaque difficulté. La proposition de Valéry Giscard d’Estaing de « mise en congé » de la Grèce de l'euro n'est autre que son exclusion « douce » de la zone euro comme mauvais élève. Ces gens-là, les représentants de la « génération Giscard », pensaient que le fonctionnement bureaucratique qu'ils ont mis en place dans la gestion de l'UE depuis les années 1950 allait perdurer, mais la parole donnée aux Grecs qui se sont exprimés malgré les propagandes de tous les grands journaux de l'UE a ébranlé Giscard et les autres technocrates européens, d'où cette dangereuse proposition d'exclure la Grèce de l'euro au détriment de la solidarité européenne pourtant ancrée dans les marbres des traités de l’UE.

Vive l’Union européenne, mais avec la voix des citoyens des peuples européens ! La Grèce a montré que les citoyens européens ont plus que jamais soif de la démocratie, il serait tant qu’on débride les institutions européennes et permette aux citoyens européens de mieux les contrôler et de participer aux processus de prise de décision en leur sein.

La France, par la voix de François Hollande, semble comprendre le message démocratique européen insufflé par le référendum grec. L’idée d’un gouvernement de la zone euro est désormais sur la table. Mais on peut craindre que cette idée vienne compliquer davantage la compréhension de l’organisation et du fonctionnement de l’UE avec une autre couche bureaucratico-administrative à laquelle les étudiants en droit et en sciences politiques ne comprennent rien !

Serge SURIN, mercredi 22 juillet 2015

 


[1] V. Le mythe de la fin des partis politiques, Le Figaro, 22 juillet 2015. Mais des spécialistes des sciences politiques et du droit constitutionnel sont mitigés sur la disparition pure et simple des partis politiques. C’est le cas de Didier Maus qui estime que « Le système institutionnel favorise les partis politiques à forte audience plutôt que ceux qui s'apparentent à des clubs de pensée. Le parrainage pour l'élection présidentielle, par exemple, est plus facile avec du réseau ».

[2] V. Cour constitutionnelle allemande, Solange I, 1974.

[3] Sommet européen, Déclaration, 13 juillet 2015.

[4] V. Valéry Giscard d'Estaing: "Il faut mettre la Grèce en congé de l'euro", L’Express, 6 juillet 2015.

 

 

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