Au revoir Elisabeth

Au revoir Élisabeth

Ce jeudi 23 juin 2016, les Britanniques ont dit non à 51,9% des voix, tant mieux pour l’UE

De Gaulle était un visionnaire, au moins sur le cas du Royaume-Uni. De son vivant, il a juré que la Grande Bretagne n'avait pas sa place dans l'Europe unie, et, de manière cohérente, il a opposé plusieurs fois son veto aux différentes tentatives de ce pays à visée imprévisible de rejoindre le marché commun. Il a fallu attendre 1972, soit deux ans après la disparition de Charles de Gaulle, pour que la Grande Bretagne soit enfin admise à l'Union.

Aujourd'hui avec la sortie de ce pays de l'Union européenne, on ne peut que reconnaître que Charles de Gaulle avait ses raisons de refuser d'ouvrir les portes du marché commun aux Britanniques. Néanmoins, même si beaucoup de jeunes ou moins jeunes Européens peuvent se réjouir de la sortie de cette grosse épine qu'était le Royaume-Uni dans les chaussures de l'UE, il faut reconnaître aussi que cet épisode, dont David Cameron porte l'entière responsabilité, peut donner à voir une forme de fragilité de l'UE.

Cependant, et ce n'est pas Michel Rocard qui va contredire cette analyse, cette sortie de la Grande Bretagne de l'UE est une nouvelle chance retrouvée de celle-ci pour avancer vers la construction des États-Unis d'Europe telle que les pères fondateurs de cette Union l'avaient imaginée dans les années 1950.

Que l'on veuille l'entendre ou pas, la Grande Bretagne aura été le pivot de la « tournée en rond » de l'UE. Désormais l'UE pourra avancer dans ses réformes des marchés financiers et visant à la régulation du capital pour une Union européenne plus juste et moins inégalitaire. Thomas Piketty ne devrait pas être en désaccord avec ce point. De ce point de vue-là, l'UE semble davantage retrouver sa liberté que les Anglais par ce vote de sortie. Ouf !

Enfin, il ne faut pas oublier que le Royaume-Uni était le partenaire qui voulait tous les avantages de l'UE sans les inconvénients. Jusqu’ici, quand le royaume d'Élisabeth II affectait 1 € au budget de l'UE, il exigeait de recevoir au moins 1 € en retour en même temps qu'il espérait en recevoir davantage, soit le beurre, l'argent du beurre et la crémière avec. Lorsque le Royaume-Uni a rejoint le marché commun en 1976, c’est un pays plutôt pauvre avec beaucoup de misères frappant des pans entiers de la population ; aujourd’hui, grâce à l’UE, ils ont pu concevoir La City et attirer les plus grandes fortunes du monde... Il fallait bien un homme politique moins futé que d’autres pour proposer de briser ce rêve que vivaient les Anglais ! Beaucoup de ceux qui ont voté pour le Brexit ce jeudi 23 juin 2016 ne savent absolument pas pourquoi ils ont voté ! Bref, c’est fait, et tant mieux pour l’UE.

J’adore les Anglais, mais c'est sans regret que je dis au revoir au royaume d'Élisabeth II.

Serge SURIN, vendredi 24 juin 2016.

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